Esma Redžepova & Aleksandar Trandafilović – K’zum seni Alija

Esma Redžepova & Aleksandar Trandafilović – K’zum seni Alija
[1962, Jugoton, Yougoslavie]

Giota Lydia & Manolis Angelopoulos – San theo s’agapo
[1960, His Master’s Voice, Grèce]

Ali Uğurlu – Kızım seni Aliye vereyimmi
[1963, RCA, Grèce]

Ali Uğurlu – Kızım seni Aliye vereyim mi
[?, Pathé, Turquie]

Müzeyyen Senar – Kızım seni Ali’ye vereyim mi
[1958, Odeon, Turquie]

Nezahat Bayram – Kızım seni Sarhoşa vereyim mi
[?, Columbia, Turquie]

Neluţă Neagu – Dema dae mol te peau

Neluţă Neagu – Dema dae mol te peau [1999, Electrecord]

Transcription & traduction : Julien Radenez

[Romani] [Français]
De ma daje mol te piau [bis]

Mamo haj te piau haj te makiau

De ma daje mol te piau [bis]

Mamo haj te piau haj te makiau

Devla dikhau andal droma

Devla haj te kušau le lumia

Devla marau ma andal dušmania

Kaj hale mire giesa [x3]

Mère donne-moi du vin à boire

Maman que je boive que je m’enivre

Mère donne-moi du vin à boire

Maman que je boive que je m’enivre

Dieu je regarde à travers les rues

Dieu j’insulte les gens

Dieu je me dispute avec mes ennemis

Ceux qui ont pourri mes jours

Muk ma daje ka te piau [bis]

Mamo ka so žanau sa kerau [bis]

Honi mamo na maj pi [bis]

Mamo le Cigania s’ bari

Mamo si perverso prea bari

Mamo ka on dikhen tut mato

Mamo haj ka den tut po šero [bis]

Aj ačiol to čiaoro [x3]

Mère laisse-moi boire

Maman ce que je sais je le fais

Ça suffit (maman) ne bois plus

Maman la Tsiganie est grande

Maman elle est tellement perverse

Maman s’ils te voient ivre

Maman ils te frappent à la tête

Et il ne reste plus que ton fils

Sari lumia opro šancos [bis]

On keren mi vorba lancos [bis]

Sari lumia opro šancos [bis]

Devla on keren mi vorba lancos

Kana dikhen ma mato

Phenen ka sem denilo

Devla kana dikhen ma mato

Devla phenen ka sem denilo

Devla sode sem de lačio

On phenen ka sem prosto [bis]

Honi mamo na maj pi [bis]

Mamo le Cigania s’ bari

Mamo ka on dikhen tut mato

Mamo haj ka den tut po šero

Mamo sode sem de lačio

On phenen ka sem prosto

Mamo aj hale miro šero

Aj hale miro šero

Tout le monde sur le bas-côté

Parle de moi sans cesse

Tout le monde sur le bas-côté

Dieu parle de moi sans cesse

Quand ils me voient ivre

Ils disent que je suis stupide

Dieu quand ils me voient ivre

Dieu ils disent que je suis stupide

Dieu combien je suis bon

Eux ils disent que je suis con

Ça suffit (maman) ne bois plus

Maman la Tsiganie est grande

Maman s’ils te voient ivre

Maman ils te frappent à la tête

Maman combien je suis bon

Eux disent que je suis con

Maman ils m’ont cassé la tête

Et ils m’ont cassé la tête

Gordana Jovanović – Romi, Romi

Gordana Jovanović – Romi, Romi [1976, Jugoton]

Transcription & traduction : Julien Radenez

[Romani] [Français]
Haj ! Romni sem

Kale jakha si man

Kana dikhav e Roma meren [x4]

Ha ! Je suis Romni

J’ai les yeux noirs

Quand je regarde les Roms meurent

Oho oho ! Gugli sem

Oho oho ! Šuži sem [bis]

Aha aha, aha ! Aha aha, aha ! [bis]

Oho oho ! Je suis charmante

Oho oho ! Je suis belle

Aha aha, aha ! Aha aha, aha !

Sa e Roma bahtale

Sa e Roma gilaben

Tous les Roms heureux

Tous les Roms chantent

Hej Romalen !

Me sem bahtali [bis]

Hé les Roms !

Je suis heureuse

Sa e Roma bahtale

Sa e Roma gilaben

Tous les Roms heureux

Tous les Roms chantent

Hej Romalen !

Me sem bahtali [bis]

Hé les Roms !

Je suis heureuse

Haj ! Gugli sem

Gugle vušta si man

Šukarea čumide man tu [x4]

Ha ! Je suis charmante

J’ai les lèvres suaves

Bellâtre embrasse-moi toi

Oho oho ! Gugli sem

Oho oho ! Šuži sem [bis]

Aha aha, aha ! Aha aha, aha ! [bis]

Oho oho ! Je suis charmante

Oho oho ! Je suis belle

Aha aha, aha ! Aha aha, aha !

Sa e Roma bahtale

Sa e Roma gilaben

Tous les Roms heureux

Tous les Roms chantent

Hej Romalen !

Me sem bahtali [bis]

Hé les Roms !

Je suis heureuse

Sa e Roma bahtale

Sa e Roma gilaben

Tous les Roms heureux

Tous les Roms chantent

Hej Romalen !

Me sem bahtali [bis]

Hé les Roms !

Je suis heureuse

Magbulje Tatarević – Jek dive sabalje

Magbulje Tatarević – Jek dive sabalje [1968, Jugoton]

Transcription & traduction : Julien Radenez

[Romani] [Français]
Jekh dive sabalje

Mi daj mange rovela [bis]

Un jour au matin

Ma mère pleure pour moi

Mi daj mange rovela

Ternime ka merav [bis]

Ma mère pleure pour moi

Je vais mourir jeune

Daje ! Daje ! Daje ! Gudli bre [bis] Maman ! Maman ! Maman ! Ma chère
So rovela daje

Mande rov naj man [bis]

Comme tu pleures maman

Moi je n’ai pas de larmes

Mande rov naj man

Me čhave te dikhen [bis]

Moi je n’ai pas de larmes

Tant que mes enfants regardent

Daje ! Daje ! Daje ! Gudli bre [bis] Maman ! Maman ! Maman ! Ma chère
Celo rat rovava

Me čhave rodava [bis]

Toute la nuit je pleure

Je cherche mes enfants

Me čhave rodava

Olen te arakhav [bis]

Je cherche mes enfants

Pour les retrouver

Daje ! Daje ! Daje ! Gudli bre [bis] Maman ! Maman ! Maman ! Ma chère

Selime Bajrami – Ki Priština o sahati

Selime Bajrami – Ki Priština o sahati [1968, Jugoton]

Transcription & traduction : Julien Radenez

[Romani] [Français]
Ki Priština o sahati

Ki Grmija o bilbilja

Gilavena sar o tramafili [bis]

A l’heure de Priština

Les rossignols de Grmija

Chantent comme les voitures

Hajde čhaje ! Hajde kamlije !

Te phirava pe ki Grmija [bis]

Allons fille ! Allons chérie !

Promenons-nous à Grmija

Ki Grmija bašalena

O davulja marena

O čhajora horo khelena [bis]

A Grmija ils jouent de la musique

Les tambours battent

Les filles dansent le horo

Hajde čhaje ! Hajde kamlije !

Te phirava pe ki Grmija [bis]

Allons fille ! Allons chérie !

Promenons-nous à Grmija

Hajde čhaje ! Hajde kamlije !

Te phirava pe ki Grmija [bis]

Allons fille ! Allons chérie !

Promenons-nous à Grmija

Çengi et köçek, la danse des genres

Çengi et köçek, la danse des genres

Titre : Çengi et köçek, la danse des genres
Auteur : Julien Radenez
Publication : Le Courrier des Balkans, 18/11/2016

Çengi est un mot turc dérivé du persan çang, signifiant la harpe. köçek est un mot turc dérivé du persan kuçak, signifiant petit ou jeune. Par extension, çengi désigne une danseuse (rakkase) et köçek un danseur (rakkas). Néanmoins, dans les sources historiques, la distinction des genres reste confuse jusqu’au 20ème siècle. D’autant plus que l’homme et la femme pouvaient interpréter le rôle du sexe opposé.
Le köçek était un garçon ou un jeune homme, habituellement travesti en femme. Sur la photographie (fin 19ème siècle), il porte un sarouel (şalvar), une ceinture, une chemise, un veston et un fez.

Çengis (çengiler) d’une part et köçeks (köçekler) d’autre part sont apparus dans les palais des sultans, puis se sont répandus dans la société ottomane, davantage entre le 17ème et le 19ème siècle. Dans les harems comme dans les tavernes (meyhane), ils pratiquaient une danse sensuelle et énergique, expressément érotique, avec une prédilection pour le çiftetelli (de signature 8/4, 4/4 ou 2/4) et le karşılama (de signature 9/8), rythme asymétrique dit boiteux (aksak).

La musique, basée sur le système makam classique, était interprétée notamment par des joueurs de harpe (çeng), cithare (kanun), luth (lavta), violon (kemençe), flûte (ney), hautbois (zurna) et tambour (nakkare, davul, bendir, def…). Les danseurs utilisaient aussi des sagattes (zil) ou des castagnettes (çarpare).

Majoritairement grecs, arméniens, juifs et tsiganes (au statut de dhimmi, sujet non-musulman), çengis et köçeks se sont professionnalisés et regroupés en compagnies, fixes ou itinérantes. Chaque troupe (kol) comptait entre une dizaine et plusieurs centaines d’artistes (danseurs, musiciens, chanteurs, acrobates, jongleurs, mimes, clowns, magiciens…). A l’occasion des cérémonies officielles, ils paradaient et se produisaient en spectacle de rue.

Çengis et köçeks ont considérablement influencé la musique et la danse orientales (raks şarkî). Au 19ème siècle, la plupart des çengis et köçeks stambouliotes auraient migré vers les Balkans, l’Anatolie et l’Egypte. Dans les Balkans, le köçek a perduré sous sa forme musicale (köçekçe) grâce aux fanfares (duvački orkestri) et aux orchestres (čalgii ou orkestri). Ce sont principalement les Tsiganes (Roms) qui ont perpétué la tradition, à travers les célébrations familiales. Le mot turc köçek a donné kjuček [кючек] en bulgare, čoček [чочек] en macédonien et serbo-croate, et çyçek/qyqek en albanais.

Aman aman ! L’art de la complainte

Aman aman ! L’art de la complainte

Titre : Aman aman ! L’art de la complainte
Auteur : Julien Radenez
Publication : Le Courrier des Balkans, 08/12/2015

Aman est un mot turco-persan d’origine arabe qui signifie miséricorde, grâce, pitié. L’interjection aman exprime la passion (pathos), essentiellement la souffrance et la compassion. Elle est à la source des termes grecs amanes/amanedes [αμανές/αμανέδες] et kafe aman [καφέ αμάν], apparus en Anatolie au 17ème siècle.

L’amanes (ou manes) est un solo vocal improvisé. Initialement, il est caractérisé par l’ornementation (mélisme) et la répétition (ostinato) de l’exclamation aman. L’improvisation vocale (amanes ou gazel) alterne avec l’improvisation instrumentale (taksim) selon les règles du système musical ottoman (makam). Les amanedes (ou manedes) sont généralement qualifiés de complaintes. L’amanetzis [αμανετζής], virtuose au ton plutôt pathétique et nasillard, en est l’interprète.

Le kafe aman est un café-concert spécialisé en amanedes, où se rassemble la population ottomane (musulmans, chrétiens, juifs…) pour manger, boire, fumer et se divertir. Les kafe aman se propagent dans l’Empire ottoman, notamment à Smyrne (Izmir) et Istanbul, à la fin du 19ème siècle, et en Grèce au début du 20ème siècle suite à la Catastrophe d’Asie mineure. De nouveaux genres musicaux s’y développent, en particulier le rebetiko.

L’amanes se perpétue jusqu’à présent et perdure dans la musique romani. L’étymologie du vocable roumain manea/manele en laisse une trace encore visible.